© 2007 / Emilie Bruguière - Illustrations Coline Sauvand - tous droits réservés

L'Empereur


Et le printemps arriva

seul dans les rues

marchant de son pas majestueux

imbibant chaque parcelle de bitume

et tous le regardaient passer par leurs fenêtres

dernières lucarnes ouvertes

sur le monde en repos


Et tous célébrèrent en silence

la lente convalescence

d’une nature usée

tant abusée qu’elle n’en voulait plus

tant ingurgité qu’elle recrachait tout

le pollen et les bourgeons

et le lilas qui fleurissait déjà


À présent

ce flot ininterrompu

de printemps fou et ivre et vociférant

reprenant sa place

d’empereur déchu

à qui l’on rend ses armes, son trône, son royaume


C’était bien là le prix de leurs abus

regarder la nature s’éveiller

et ne pouvoir même

l’effleurer du bout des doigts

prostrés derrière la porte

à guetter le bruit des jacinthes en fleurs


Alors tous ont rêvé

de cette dernière fois où

les paupières vacillantes

sous le soleil de mars

à genoux dans la terre meule

l’odeur du compost

de l’herbe fraîchement coupée

le vieux seau en fer emplit d’eau claire

les mains prêtent à s’enfouir

dans le ventre chaud du monde


Mâcher le pollen

avaler les mimosas

recracher les bourgeons

et planter avec acharnement

chaque petite graine


Nul ne trouvera le sommeil

tant qu’il n’aura pas arrosé le potager

nul ne pourra dormir en paix

tant que les grains n’auront pas germé


Ainsi tous ne pourront plus oublier

que la vie appartient au printemps

et à nul autre

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