1/
Il fût un temps où tu n’avais aucune forme
que celle de ton intention de naître
il fût un temps où ton intention d’exister
créa ta chair ton corps
tes yeux ton front
de nouveau-né
Songe que depuis ta naissance
à chaque automne de ta vie
ta sève retourne puiser dans la terre
la vigueur nouvelle du printemps
pour te voir éclore
plus majestueux
plus majestueuse
C’est par ce cycle de transformation
que tu prends, un jour après l’autre
un peu plus ta place dans le monde
c’est en acceptant de t’effeuiller
de te dépouiller
du bois mort
de l’inutile
c’est en te laissant purifier
guérir
évoluer
que tu t’enracines dans la conscience universelle
Nous te demandons seulement
de te laisser fleurir invariablement
à l’image parfaite de ton intention.
Texte : ©Émilie Bruguière
2/
Comment nourris-tu ton petit enfant
celui que tu étais et qui tendait ses bras
pour un mot d’amour
lui laisse-tu le temps de jouer
d’imaginer, de danser, de grandir ?
Si souvent tu l’oublies
pire, tu lui dis des choses
qu’aucun enfant ne mérite d’entendre
le voilà frêle buisson
quêtant la tendresse des nuages
là où il n’y a que toi pour le consoler
À chaque parole aimante
l’arbre donne un fruit
à chaque blâme
il se déshonore et pleure sans bruit
Et si, comme bonne résolution
tu te faisais la promesse
de t’écouter, de te chérir
de t’octroyer le respect
pour grandir encore
et te charger des plus beaux fruits de la vie ?
Tu toucheras alors à l’éternité
celle où l’on ne vieillit pas
celle où l’on ne fait que croître
pour se fondre dans les cieux.
Texte : ©Émilie Bruguière
3/
Il y l’eau que tu pleures
celle que tu bois
celle où tu nages
Mais il y a aussi celle qui coule en toi
veines-torrents
cœur-rivières
algues de vie
tu es une source bénie et intarissable.
Si l’eau qui te lave te purifie
celle qui te constitue est tout aussi transparente et pure.
Il te suffit donc d’honorer ton corps
comme tu le ferais d’un temple sacré
d’un objet saint
en lui déposant tes offrandes et tes prières.
En reconnaissant son essence parfaite
tu découvriras ton pouvoir de manifestation.
Texte : ©Émilie Bruguière
4/
On nous apprend, et ce depuis tout petit,
à nous mesurer,
dos au mur pour les centimètres,
dans la bravoure des défis.
Ainsi s’étoffe notre écorce
de nos colères masquées
de nos larmes retenues.
À présent, personne ne te demande de te comparer
à celui ou celle que tu étais censé devenir.
Le palmier, comme le baobab ou le platane,
pousse à sa façon, insouciant,
il ne souffre d’aucune comparaison,
s’employant à mieux enfoncer ses racines
pour atteindre les cieux.
Tels les grands arbres remarquables du monde,
autorise-toi d’être dans ta vie
sans armes ni armures,
d’incarner pleinement ta présence.
Ta croissance n’est pas encore terminée,
et chaque jour, tu exprimes ta perfection renouvelée.
Texte : ©Émilie Bruguière
5/
Il y a autant de chemins
qui s’ouvrent devant toi,
que ceux que tu laisses derrière toi,
à chacun de tes pas.
La nature ne connaît pas le temps qui passe,
elle est éternelle dans son recommencement.
Ainsi, tu ne peux te diriger vers ton futur
en regardant sans cesse droit devant
tu ne peux effacer tes empreintes
des nombreux sentiers que tes parents,
tes ancêtres,
ont empruntés pour te délivrer à la vie.
Prends ce temps pour te retourner,
sans crainte de ce que tu pourrais trouver,
car ceux qui sont passés là avant toi,
ont pris soin de dessiner, après ton passage,
le plus beau des paysages.
Texte : ©Émilie Bruguière
6/
Tu voudrais courir
aussi vite que le ciel d’orage
sentir l’étreinte du vent
sur ton passage
mais n’oublie pas
que de là où tu pars
tu y reviens chaque soir
Tu peux faire cent fois
le tour de la terre
amasser les plus beaux cailloux
à la tombée de la nuit
tu déposes tes trésors
et recommence au soleil naissant
Le plus beau des voyages
se fait à l’intérieur de toi
là où ni le temps ni les astres
ne peuvent t’atteindre.
Texte : ©Émilie Bruguière
7/
C’est tendre
c’est doux
et cela faisait bien longtemps
que tu n’avais pas savouré l’imprévu
Accorde-toi le droit
de vivre cette journée
sans t’appesantir sur hier
sans te confronter à demain
tu peux aller ainsi
nu
nue
sans parure
sans royaume
sans lendemain
Vagabond
vagabonde de l’instant
il faut parfois un grand silence
pour rencontrer la joie
et l’excitation de l’inconnu
Tu seras surpris
surprise
de ce que la Vie peut se faire
caressante
et douce
et tendre à ton endroit
lorsque tu ne lui dicte pas
la direction
lorsque délaissant ton emprise sur elle
alors elle respire à travers toi.
Texte : ©Émilie Bruguière
8/
Apprends la patience
sans poser de questions
sans chercher à savoir
en te laissant bercer
par le moment soyeux
l’instant heureux
Quand tout se fige
dans le calme de l’hiver
rien ne paraît
ni en mouvement
ni en chemin
Pourtant dès que le soleil réchauffe
et que l’oiseau reprend son chant
soudain les herbes d’or
retrouvent leurs mille couleurs
Il en va de même de tes rêves
qui consolident leurs racines
sous le givre
Au printemps
ils fleurissent sans prévenir
Texte : ©Émilie Bruguière
9/
Rappelle-toi
souviens-toi de tes yeux
de tes pensées
de tes espoirs
de ton cœur de roi vivant
d’impératrice aventureuse
Qui t’a fait croire
qui a as-tu écouté
pour t’éloigner ainsi
à grandes enjambées
de ce que tu étais en devenir ?
À quel moment
ton ombre est devenue
plus grande que tes rêves
rappelle-toi
souviens-toi
convoque cet instant
où tu as ouvert les paumes de ta main
abandonnant aux autres
le droit de te dessiner.
Le nourrisson possède
l’Univers entier
dans son poing serré
si aujourd’hui tu penses
avoir perdu ta bravoure
ta liberté
tout ce qui te ferait défaut
pour te révéler
regarde les lignes de ta main
là où ton infini y est inscrit
Personne ne peut te prendre
la raison de ta venue au monde.
Texte : ©Émilie Bruguière